garage

Lundi 5 mai 2008

Ce matin je tourne autour du pot, je suis en panne. Je n’aime pas être en panne. En ouvrant cette page, ce blog, je pensais que ce serait facile, qu’avec tout ce que j’ai dans la tête depuis ce temps, ce serait facile. Ça m’arrive rarement, ça ne m’arrive jamais. Dans mon métier au moins. Là, je me nourrie de l’autre, souvent du couple, avec ses enfants, et puis j’élabore sa maison, leur maison. Très vite dans ce domaine, j’en fais le tour : 99% des clients que je rencontre veulent un des dix modèles de base que j’ai en tête à force de trop les connaître les dessiner et en faire le Permis.  D’ailleurs, je dis aujourd’hui client et non plus « maître d’ouvrage ».  Les gens que je rencontre non rien qui puissent leur valoir ce titre honorifique apte à côtoyer celui de « maître d’œuvre ». Bref, je suis en panne. Je tourne autour du pot comme ces personnes qui ne savent pas vraiment ce qu’elles veulent si ce n’est raconter leur vie et qui parlent et qui parlent et ne racontent finalement rien de l’essentiel, parce qu’ils ne connaissent pas eux même leur essentiel de vie. Je connais l’essentiel de ma vie. Celui de la mort aussi.  Je ne sais pas apprécier la vitesse à laquelle je dois le raconter. Je ne connais pas la fréquence nécessaire des arrêts pour se ravitailler, pour se reposer. Je suis seulement à peu près sûr de ma destination, bien que je n’y sois jamais allé, que je n’en connaisse pas la route. Et si je dois prendre l’autoroute. Si je prends l’autoroute, j’y arriverai rapidement, trop rapidement, au risque de ne pas avoir tout vu, tout dit, tout entendu, tout raconté. Au pays de Sarko, tout à changé. Il y aura je crois l’ « avant Sarko » et l’ « après Sarko », nouveau système de datation de l’air que l’on respire, de l’ère à laquelle on vit. Au-delà de mes idéaux je dis ça pour une chose, une chose au moins : la présence des radars sur nos routes.  Depuis ce début d’année, j’ai perdu six points sur mon permis de conduire qui jusque là en comptait douze. Six points, trois fois deux.  En trente kilomètres, on peut croiser jusqu’à  trois radars : le fixe de l’autoroute, le mobile du motard à jumelles, l’autre dissimulé dans le coffre de la 306 blanche banalisée. C’est ce qu’il m’est arrivé, et je me suis fait flasher au troisième après avoir évité les deux premiers. Je délaisse souvent la voiture pour rouler en scooter pensant qu’ainsi en passant à travers les mailles de la circulation, je passerai également au travers celles des radars. Trente mille kilomètres parcourus avec ce deux roues là et jamais un pépin, sauf l’autre fois, à l’entrée d’un village, ils étaient dissimulés sous l’ombre des oliviers… 70 au lieu de 50. Un gendarme en bleu a bondi au milieu de la route, je me suis arrêté. Là j’aurai peut-être pu continuer en accélérant, en m’échappant.  Je ne l’ai pas fait. Depuis je roule lentement, doucement, respectant toutes les limitations de vitesses, les 30, les 50, les 70, de 20 en 20 jusqu’à 130. Parfois, il m’arrive d’être en retard. Je contrôle, je patiente, je n’augmente pas mon allure, j’apprends seulement à partir plus tôt, ne pas prendre plus de rendez-vous qu’il ne faut. Je roule lentement, toujours lentement, c’est au moins l’impression que j’ai quand pendant longtemps je me suis situé parmi ceux qui roulaient 20 km/h au dessus de la moyenne, sans être forcément plus dangereux parce qu’à cette vitesse la concentration est plus grande. Ce qui était mon cas avant. Aujourd’hui, je prends le temps de regarder le paysage, tout ce qui se passe autour, à coté ; forcément, je roule lentement. Je me calle sur la file de droite et je suis bêtement celui qui me précède sans même penser à doubler. Ainsi aimanté, je ne décide plus, je ne contrôle plus, je ne suis plus conducteur, décideur de mon véhicule : je suis. Dans la lenteur de mes gestes de nouveau conducteur je fais attention à la vitesse et perd parfois l’attention que j’aurai porté avant, ailleurs. L’autre fois, en quittant un chantier, sortant d’un chemin, la roue de ma C3 a glissé lentement, très lentement dans un trou entre deux buses, moi trop concentré finalement à sortir lentement, très lentement de mon chemin d’accès sans risquer je ne sais quoi que la vitesse ait pu engendrer. Le véhicule s’est posé gentiment sur le pare choc, une roue dans le vide, écrasant ainsi le radiateur qui s’est mis à fuir, la traverse qui le supporte, la platine électronique du calculateur d’ABS, les canalisations de freins, le bas de la poulie entrainant la courroie qui fait marcher les accessoires. Un coup de main d’un routier sympa s’étant immédiatement arrêté et la voiture est ressortie de là, juste bonne à être immobilisée, à repartir sur le plateau porte voiture de mon garagiste. Extérieurement, il ne paraissait rien de ce banal accident dû à une déconcentration notoire issue d’un excès de lenteur. Deux milles cinq cent euros de frais et quinze jours d’immobilisation ont été nécessaires afin de régler l’addition de l’homme aux ongles noirs. 

Aujourd’hui, j’ai choisi la destination de mon voyage. J’aimerai simplement réussir à profiter pleinement de ce dernier, en choisissant ma vitesse sans qu’elle ne me soit imposée, en prenant tous les chemins, toutes les routes nécessaires afin  de ne pas en oublier un ou une même secondaire mais nécessaire à la compréhension de mon trajet. Je ne souhaite voir bondir personne au travers de ma route autant que je souhaite accueillir près de moi des auto-stoppeurs avec qui je pourrais simplement dialoguer. Le pire peut-être serait de tomber en panne et ne plus pouvoir continuer, faute d’avoir cette liberté, cette capacité de pouvoir m’exprimer.    

Par wqaxszcdevfr
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