Jeudi 1 mai 2008

Je ne tournerai pas autour du pot : je suis un assassin, un vrai. Un de ceux qui ont tué un être humain.  Volontairement. Totalement volontairement. Je ne joue pas de métaphore, je ne joue pas sur les mots, je ne joue pas avec vos nerfs, encore moins avec les émotions. Je ne joue pas : je suis un assassin, un meurtrier, un tueur, un condamnable ; pas un condamné car personne ne le sait. Personne ne sait ce que je suis. Sauf vous ici, maintenant. Mais vous, vous ne savez pas qui je suis. Ici, ce n’est qu’une bribe de moi, de ma vie sans plus de lien avec mon quotidien. Mon quotidien : rien de plus ou de moins ne s’y passe que dans celui du passant que je croise, du quidam que vous croisez chaque jour dans la rue.  D’ailleurs, peut-être même nous croisons nous chaque jour. Pourtant je suis différent : je ne devrais pas y être, moi, dans la rue. A cet instant, selon la justice humaine, selon la morale sociale, selon l’éthique, la norme, la religion, le bon sens, je devrais être enfermé. En prison. Je n’y suis pas. Je suis libre. Il n’y a pas de raison. Il n’y a pas de raison de m’enfermer plus que ça, aujourd’hui, demain : je ne suis pas dangereux, je ne tuerai plus. J’ai tué, une fois, juste une fois,  juste une seule,  une cible désignée, une cible de mon choix, celle là et pas une autre, froidement, de manière réfléchie, posée, sans violence, juste parce qu’il fallait tuer cette personne et pas une autre, parce que c’était simplement nécessaire. C’était un acte voulu, mesuré, pour lequel je ne voulais pas être puni, contre lequel je ne voulais pas vivre dix ans, vingt ans ou plus, ou moins dans une cellule, derrière des barreaux. J’ai réalisé ce qu’on appelle « le crime parfait », le crime savamment préparé, avec une victime choisie parce qu’il y a un mobile, un vrai, un de ceux qui vous font choisir cette victime et pas une autre. J’ai réalisé le crime parfait, celui que l’on commet et dont on sort, dont on ressort en toute impunité parce qu’ainsi il a été calculé. Je ne suis pas fou. Non, je ne suis pas fou. Bien au contraire, je suis raisonné. Je ne mérite pas plus l’asile que la prison. Un mois, deux, trois puis douze ce sont écoulés et je suis toujours libre. J’ai été inquiet, un peu inquiété même, indirectement parce que ma victime faisait partie de mon entourage proche. Mais mon meurtre a été si parfait que j’ai connu ce bonheur de passer au travers des mailles du filet: les flics sont des idiots... Pourtant, ce bonheur fut de courte durée. Il n’y a pas plus de plaisir malsain ressenti avant, pendant et après cet acte. Je ne suis pas un psychopathe. C’est juste un parcours non-ordinaire. C’est un parcours qu’au final je ne peux plus taire. Alors je suis ici, anonymement, totalement anonymement pour vous le raconter. Dans la vie d’un meurtrier, dans ma vie de meurtrier, il ne se passe rien d’extraordinaire. Pourtant je pense qu’il y a de l’intérêt à le découvrir, à me découvrir, parce qu'un meurtre n'est jamais parfait, à commencer par celui qui le commet.

Par wqaxszcdevfr - Publié dans : cave
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